Le cœur de Calcutta vibre pour un musicien parisien
le 29/10/2009 à 9h03
par Laurent Reyes
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Venu en Inde avec sa petite amie Maï pour voyager et s’initier à la musique indienne, Mathias Durand. rentre en France avec l’assurance de revenir par la grande porte dès février 2010. Histoire d’un coup de foudre entre Calcutta et ce jeune musicien français.
A l'aéroport de New
Delhi, le guitariste et chanteur folk de
Mathias and the Broken Letters peine
à porter ses bagages : un sitar,
une paire de tablas, des bansuris, des khamacs… Plus de
45 kilogrammes de souvenirs de l'Inde, au lieu des 20 autorisés. Pourtant
miraculeusement, le surpoids ne lui sera pas facturé.
Mathias fait fondre
le cœur de l'Inde : arrivé à Calcutta avec sa copine clarinettiste pour
rendre visite à son copain expatrié, le duo de musiciens est très vite invité à
se produire sur les scènes branchées de la ville. Entre deux concerts, la
guitare de Mathias, déjà fragile, se brise, et un luthier lui répare
gratuitement : "il m'a juste
demandé de lui faire confiance, et l'a fait par respect pour l'instrument ;
alors qu'à Paris, on me disait qu'il valait mieux en acheter une nouvelle".
Mathias débute le
sitar, les tablas et le chant indien. Concomitamment, les figures montantes de
la scène musicale de Calcutta s'intéressent au prodige qui apporte un vent de fraicheur
dans la ville. Mathias improvise ou compose avec des artistes d'influences
diverses : Tritha de Black Coffee, le
rocker Neel Adhikari de Five Little Indians, le
Baul de Santiniketan Basudeb
Das… Et il n'omet jamais d'immortaliser ces moments sur son enregistreur
portable.
La ville a connu
des étrangers qui prévoient de rester plusieurs mois comme volontaires
humanitaires et qui repartent paniqués après une semaine. La sensibilité du
musicien a, elle aussi, été mise à rude épreuve : confronté à la pauvreté
qui, conjuguée au tourisme de masse, engendre des monstres, il a fui des lieux -
comme Bénarès ou Bodhgayâ - dont il espérait pourtant beaucoup. Les coups
d'avertisseurs, la pollution et la pauvreté ont réussi à faire sortir de ses
gonds le chanteur réputé doux et inoffensif.
Un mois et demi est
passé, trop vite. Mathias choisit de prolonger son séjour d'un mois et de
laisser sa compagne rentrer seule en France, renonçant du même coup à son
billet retour non échangeable non
remboursable.
Loin d'être un coup
de tête, sa décision suit une authentique révélation musicale : "j'ai commencé par prendre des cours de
chant avec Pandit Santanu
Bandyopadhyay, et très vite nous nous sommes mis à improviser ensemble.
Musicalement, tout un nouveau champ des possibles s'ouvre à nous !".
Santanu accompagne au chant la guitare de Mathias, quand ce n'est pas la
guitare qui suit la voltige vocale du Pandit, et Mathias y mêle son timbre
mélancolique.
Et ça fonctionne !
Si bien que le duo, accompagné de Shibu Das aux tablas, enregistre 4 chansons au
studio Saregama. Rapidement, la
sphère artistique de la capitale intellectuelle s'intéresse à cette formation
originale qui sort des sentiers battus de la fusion. Le duo est même intégré à
la programmation 2010 d'un grand festival de musique et reçoit l'engagement des
organisateurs à financer les déplacements intercontinentaux de Mathias.
Au terme de son
mois supplémentaire, l'enfant adopté de Calcutta réussit à quitter l'Inde.
Juste avant de passer le contrôle de sécurité de l'aéroport, il formule quand
même un regret : "Une semaine
de plus, et je jouais dans le plus grand auditorium de Calcutta!"
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